TL;DR : L’essentiel
- La confrontation géoéconomique s’impose comme le risque numéro un pour 2026, citée par 18 % des experts comme le déclencheur le plus probable d’une crise mondiale majeure affectant directement la stabilité des chaînes d’approvisionnement.
- Les perspectives mondiales s’assombrissent brutalement, une moitié des leaders interrogés anticipant désormais un climat turbulent ou orageux d’ici deux ans, soit une hausse significative de 14 points par rapport aux prévisions de l’année précédente.
- La désinformation se hisse au deuxième rang des menaces à court terme, tandis que l’insécurité cybernétique se classe sixième, creusant les fractures sociales et affaiblissant les démocraties.
- L’inquiétude liée à l’intelligence artificielle monte en flèche. Ce risque passe de la 30e place à court terme à la 5e sur dix ans, signe de lourdes craintes pour l’emploi et la sécurité mondiale.
L’année 2026 marque l’entrée dans une ère de compétition féroce où les fondations de la coopération internationale se fissurent dangereusement. La 21e édition du rapport de référence sur les risques mondiaux dresse un constat alarmant : pour la première fois depuis des années, les urgences environnementales cèdent le pas, dans l’immédiat, face à la montée périlleuse des tensions géopolitiques et économiques. Ce basculement des priorités signale un monde où la méfiance devient la norme et où les outils économiques sont transformés en armes de pression stratégique.

Confrontation géoéconomique : L’ordre mondial se fragmente
La confrontation géoéconomique ne se limite plus à de simples frictions commerciales ; elle domine désormais l’horizon des risques immédiats en grimpant de huit places en deux ans. Selon les analyses du World Economic Forum, cette rivalité systémique entre grandes puissances menace de déstabiliser les infrastructures économiques vitales. Près de 70 % des répondants prévoient l’émergence d’un ordre multipolaire et fragmenté au cours de la prochaine décennie, remplaçant la collaboration par une lutte d’influence acharnée.
Cette fragmentation a des conséquences directes sur la sécurité des entreprises et des États. Le conflit armé interétatique reste une préoccupation majeure, se classant en deuxième position pour l’année 2026. Dans ce contexte volatil, les chaînes d’approvisionnement mondiales deviennent des cibles privilégiées, et la capacité collective à absorber les chocs économiques s’amenuise. Les experts soulignent que cette dynamique de « chacun pour soi » empêche toute réponse coordonnée face aux crises, laissant les économies nationales vulnérables aux représailles et aux blocages stratégiques.
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Technologie et Cyber : La confiance numérique s’effondre
La menace technologique ne se contente plus de perturber les systèmes ; elle s’infiltre désormais au cœur même du contrat social, érodant la distinction entre vérité et fiction. La désinformation et la mésinformation se classent au deuxième rang des risques les plus sévères à deux ans, talonnant de près les tensions géopolitiques. Cette prolifération de faux contenus, dopée par la sophistication croissante des « deepfakes » et des outils génératifs, nourrit une polarisation sociétale virulente qui arrive en quatrième position des préoccupations mondiales pour 2026. Dans un climat où distinguer le vrai du faux devient un défi quotidien pour 58 % de la population mondiale, la manipulation de l’opinion menace l’intégrité des processus électoraux et exacerbe les récits de type « la rue contre les élites ».
Parallèlement, l’insécurité cybernétique se maintient à un niveau critique, occupant la sixième place des risques à court terme, mais sa nature évolue dangereusement vers des menaces « cyber-physiques ». Les attaques ne visent plus seulement le vol de données, mais ciblent les infrastructures critiques vieillissantes — réseaux électriques, transports, systèmes d’eau — créant un risque tangible de paralysie systémique.
L’intelligence artificielle, quant à elle, suscite une forte inquiétude, illustrant un fossé grandissant entre l’adoption immédiate et la compréhension des conséquences à long terme. Bien qu’elle soit encore perçue comme un risque périphérique à très court terme (30e place), ses retombées néfastes enregistrent la progression la plus fulgurante du rapport en bondissant à la 5e place sur l’horizon de dix ans. Cette trajectoire ascendante traduit une prise de conscience brutale des impacts structurels de l’IA : au-delà de la productivité, elle menace de créer une « ceinture de rouille des cols blancs » en automatisant les tâches cognitives, exacerbant les inégalités au sein d’économies en forme de K. Plus alarmant encore, l’intégration rapide de l’IA dans les domaines militaires et sécuritaires, souvent sans garde-fous suffisants, accroît le risque d’escalades conflictuelles accidentelles, dans un monde où la régulation peine désespérément à suivre le rythme exponentiel de l’innovation.
Économie et Climat sous tension cybernétique
Le paysage économique se durcit considérablement, créant un terrain fertile pour une instabilité où le risque cyber devient systémique. Les risques de ralentissement économique et d’inflation, qui ont bondi dans le classement, sont désormais indissociables de la fragilité des infrastructures numériques qui soutiennent les marchés. La pression financière est aggravée par une course coûteuse à la souveraineté technologique et par la menace d’éclatement de bulles d’actifs liées à l’IA, forçant les gouvernements à des arbitrages douloureux entre remboursement de la dette et investissements critiques en cybersécurité.
Dans cette équation complexe, la dimension numérique agit comme un facteur aggravant des inégalités. La « fracture cyber » se superpose aux disparités économiques : les acteurs capables de sécuriser leurs données et d’exploiter l’IA prospèrent, tandis que les autres subissent de plein fouet la criminalité numérique et l’obsolescence technologique, amplifiant les crises sociales.
Paradoxalement, cette urgence économique et sécuritaire éclipse la crise climatique, tout en étant percutée par la réalité matérielle du numérique. La transition verte se heurte à la voracité énergétique des infrastructures de l’IA et à la vulnérabilité des nouveaux réseaux « intelligents » (smart grids) face aux cyberattaques. Ce décalage crée un angle mort dangereux : en focalisant les ressources sur la compétition stratégique et la défense des périmètres numériques, les acteurs mondiaux risquent de négliger la sécurisation physique et environnementale nécessaire pour éviter le basculement des systèmes terrestres.
Ce rapport confirme que nous naviguons désormais dans des territoires inexplorées, où la sécurité numérique n’est plus une option technique mais le pilier central de la stabilité géopolitique et économique. Face à cette fragmentation, la résilience ne pourra venir que d’une vigilance accrue sur nos dépendances technologiques et d’une capacité à maintenir des canaux de dialogue ouverts, y compris dans le cyberespace.
Le lien direct vers le rapport WEF – Rapport sur les risques mondiaux 2026 :
Rapport sur les risques mondiaux 2026
Le Rapport sur les risques mondiaux 2026 , la 21e édition de ce rapport annuel, marque la seconde moitié d'une décennie tumultueuse. Ce rapport analyse les risques mondiaux selon trois horizons temporels afin d'aider les décideurs à concilier les crises actuelles et les priorités à long terme.


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