TL;DR : L’essentiel
- Des applications comme Silencio ou Kled AI paient des utilisateurs pour filmer la rue ou enregistrer des bruits, afin de nourrir l’intelligence artificielle en manque de données.
- Une grave faille de sécurité sur la plateforme Neon Mobile a rendu publics les numéros de téléphone et les conversations privées vendus par ses propres utilisateurs.
- Vendre son visage ou sa voix permet aux entreprises de créer des clones numériques incontrôlables, parfois utilisés pour vendre de faux médicaments sur les réseaux sociaux.
- Les contributeurs signent souvent des contrats définitifs, autorisant les plateformes à exploiter leur voix pour des robots virtuels pendant des années, sans aucune rémunération supplémentaire.
Les créateurs d’intelligences artificielles comme ChatGPT ou Gemini font face à un mur : ils manquent de nouveaux textes pour entraîner leurs programmes. Les grandes bibliothèques gratuites d’internet, comme C4 ou Dolma, bloquent désormais l’accès à leurs contenus. Pour éviter la panne de données prévue d’ici 2026, une nouvelle économie de petits boulots numériques a vu le jour. Comme le révèle une enquête du Guardian, des milliers de personnes à travers le monde vendent aujourd’hui des morceaux de leur vie quotidienne pour nourrir ces machines.
Captation du quotidien : Les applications achètent la réalité
Pour éviter d’être accusées de vol de données sur internet, des entreprises paient directement les citoyens pour filmer la réalité. Un utilisateur sud-africain a par exemple gagné 14 dollars sur l’application Kled AI, simplement en filmant ses pieds en train de marcher sur un trottoir comme le rapporte l’article du Guardian. En Inde, un étudiant utilise l’application Silencio pour enregistrer le bruit des carrefours encombrés ou l’ambiance des restaurants, et gagne ainsi de quoi payer sa nourriture.
Les prix de ces données personnelles sont très bas et fixés à l’avance. La plateforme Luel AI achète des conversations dans plusieurs langues pour seulement 15 cents la minute. De son côté, le service ElevenLabs propose de cloner sa voix pour 2 cents la minute. Aux États-Unis, de jeunes travailleurs vendent même l’accès à leurs discussions privées par téléphone avec leur famille pour arrondir leurs fins de mois.
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Faille de sécurité : Les données privées finissent exposées
La protection de ces informations n’est bien sûr aucunement garantie; L’application Neon Mobile, par exemple, qui achète des discussions privées, a subi un grave piratage juste après son lancement. Un problème informatique a permis à n’importe qui de lire et d’écouter les numéros de téléphone, les enregistrements vocaux et les textes précis des conversations. Un utilisateur, qui avait vendu 11 heures d’appels, n’a même pas été prévenu par l’entreprise.
En plus des risques de piratage, les vendeurs tombent dans des pièges juridiques. En acceptant les conditions d’utilisation, ils cèdent souvent les droits sur leur voix ou leur visage pour le monde entier et pour toujours. Comme le relève le Guardian, des experts alertent : un simple enregistrement vocal de 20 minutes vendu aujourd’hui pourra faire fonctionner un robot téléphonique au service client pendant des années, sans un centime de plus.
Clonage et usurpation : La biométrie détournée pour frauder
Même si les entreprises promettent de rendre ces données anonymes, il est impossible de cacher un visage ou une voix. Dès que ces informations physiques sont avalées par l’intelligence artificielle, l’utilisateur en perd le contrôle total. Les usurpations d’identité deviennent alors très faciles et d’un réalisme trompeur pour le grand public.
Ce nouveau commerce mondial profite avant tout aux grandes entreprises technologiques qui construisent les intelligences artificielles. Les citoyens qui participent à ces micro-tâches sacrifient quant à eux leurs données privées pour des gains très faibles.
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