Une opération d’INTERPOL a abouti à l’arrestation de 306 suspects en Afrique, ciblant des réseaux cybercriminels et des escroqueries variées.
Plus de 5 000 victimes, 292 appareils saisis et des pertes financières considérables : comment une opération internationale menée par INTERPOL a-t-elle frappé au cœur des réseaux cybercriminels en Afrique ?
Une coopération internationale sans précédent
De novembre 2024 à février 2025, l’opération baptisée « Red Card », pilotée par INTERPOL, a permis l’arrestation de pas moins de 306 suspects dans sept pays africains : Bénin, Côte d’Ivoire, Nigeria, Rwanda, Afrique du Sud, Togo et Zambie. L’objectif était clair : démanteler des réseaux criminels transfrontaliers spécialisés dans les escroqueries liées aux applications de messagerie, à la banque mobile et aux investissements frauduleux.
L’opération a mobilisé une collaboration importante entre les forces de l’ordre locales et des acteurs privés comme Group-IB, Kaspersky et Trend Micro, sous la coordination d’INTERPOL à travers son initiative African Joint Operation against Cybercrime (AFJOC), soutenue financièrement par le Royaume-Uni.

Zoom sur les méthodes employées par les cybercriminels
Au Nigeria, les forces de l’ordre ont arrêté 130 individus, dont 113 ressortissants étrangers, impliqués dans des escroqueries sophistiquées telles que des fraudes à l’investissement et aux casinos en ligne. Les criminels convertissaient leurs gains en actifs numériques (cryptomonnaies) pour brouiller les pistes. Pire encore, certains suspects seraient des victimes de trafic humain, contraints de participer aux escroqueries sous pression ou par coercition.
En Afrique du Sud, c’est une arnaque par « SIM box » qui a été démantelée avec 40 arrestations. Ce dispositif complexe permet de réorienter les appels internationaux en appels locaux pour tromper les victimes via des campagnes massives de phishing par SMS.
En Zambie, la technique utilisée reposait sur l’envoi de liens malveillants par messagerie. Ces liens infectaient le téléphone des victimes par des malwares permettant ainsi aux hackers d’accéder aux comptes bancaires et de diffuser davantage les pièges au sein des groupes de messagerie.
Enfin, au Rwanda, une escroquerie par ingénierie sociale particulièrement vicieuse a été mise au jour. Les criminels se faisaient passer pour des employés de compagnies de télécommunications ou des proches en détresse, trompant ainsi les victimes pour leur soutirer des informations sensibles ou de l’argent.
Impacts financiers et sociaux majeurs
Les conséquences financières et humaines de ces escroqueries ne sont pas négligeables : rien qu’au Rwanda, les escrocs ont détourné plus de 305 000 dollars en 2024. Lors des perquisitions, plus d’une vingtaine de véhicules, plusieurs biens immobiliers et des centaines d’appareils numériques ont été saisis, témoignant des bénéfices illicites générés par ces activités.
Mais l’impact dépasse largement le financier : les victimes voient leur confiance envers les services numériques ébranlée, ce qui peut freiner le développement économique local et fragiliser les écosystèmes technologiques.
Une victoire symbolique mais une vigilance constante nécessaire
Comme l’affirme Neal Jetton, Directeur de la Direction Cybercriminalité d’INTERPOL, cette opération démontre l’efficacité de la coopération internationale dans la lutte contre une cybercriminalité qui ignore les frontières. Cependant, même si l’opération Red Card marque un coup d’arrêt symbolique, la guerre contre la cybercriminalité est loin d’être terminée.
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