TL;DR : L’essentiel
- Les attaquants envoient des courriels d’annulation de réservation urgents mentionnant des frais supérieurs à 1 000 euros, incitant le personnel hôtelier paniqué à cliquer sur un lien frauduleux imitant parfaitement l’interface de Booking.com.
- Une fausse erreur de chargement pousse la victime à actualiser la page, déclenchant une simulation d’écran bleu de la mort qui exige l’exécution manuelle d’un script malveillant via la fenêtre Exécuter de Windows.
- Les experts en sécurité attribuent cette offensive à des cybercriminels russes, basant leur analyse sur la géolocalisation des infrastructures et la présence de chaînes de débogage en langue native dans le code du projet.
- L’attaque installe le cheval de Troie DCRat, un logiciel malveillant modulaire capable d’enregistrer les frappes au clavier, de voler les mots de passe et de miner des cryptomonnaies tout en restant invisible aux antivirus classiques.
La fin de l’année 2025 marque une recrudescence inquiétante des cyberattaques visant spécifiquement le secteur de l’hôtellerie en Europe. Profitant des périodes de forte affluence touristique, une nouvelle campagne baptisée PHALT#BLYX exploite la fatigue et l’urgence ressenties par le personnel de réception. Contrairement aux attaques automatisées classiques, cette offensive repose sur une manipulation psychologique fine, transformant les employés en complices involontaires de l’infection de leur propre réseau informatique.
Arnaque Booking et simulation de panne critique
L’attaque débute par un scénario conçu pour provoquer une panique immédiate chez le réceptionniste de l’hôtel. Les pirates envoient un courriel intitulé « Annulation de réservation », faisant état de frais d’annulation exorbitants, souvent supérieurs à 1 000 euros, pour attirer l’attention sur une perte financière supposée. Comme le rapporte The Record, le bouton « Voir les détails » redirige la victime vers une copie haute fidélité du site Booking.com. Cependant, au lieu d’afficher la réservation, la page présente un message d’erreur indiquant que « le chargement prend trop de temps » et invite l’utilisateur à cliquer sur un bouton « Actualiser la page ».
C’est à cet instant que le piège technique se referme. L’action ne rafraîchit pas le navigateur mais le bascule en mode plein écran pour afficher une imitation convaincante du célèbre « Blue Screen of Death » (BSoD) de Windows, signalant une fausse panne système critique. Pour sortir de cette impasse visuelle, de fausses instructions techniques apparaissent à l’écran. Selon l’analyse technique relayée par Bleeping Computer, la victime est guidée pour ouvrir la boîte de dialogue « Exécuter » de Windows, puis presser CTRL+V et Entrée. Sans le savoir, l’employé colle et exécute un script PowerShell malveillant préalablement copié dans son presse-papier par le site frauduleux. Cette technique, connue sous le nom de « ClickFix », contourne les barrières de sécurité en utilisant les actions manuelles de l’utilisateur comme vecteur d’autorisation.
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DCRat : Un espion russe au cœur du système
Une fois la commande exécutée, une chaîne d’infection complexe se met en place pour garantir la persistance du logiciel malveillant. Pendant qu’une véritable page de réservation s’ouvre pour rassurer la victime, le script abuse de l’outil légitime MSBuild.exe pour compiler et lancer le malware en arrière-plan. Ce procédé, appelé « Living off the Land », rend la détection particulièrement difficile pour les antivirus traditionnels. D’après les observations détaillées par Security Affairs, la charge utile finale est le cheval de Troie DCRat. Pour survivre aux redémarrages, le malware crée un fichier de raccourci Internet discret (.url) directement dans le dossier de démarrage de Windows.
Ce logiciel malveillant offre ensuite aux attaquants un contrôle total sur la machine infectée. Il est capable d’enregistrer les frappes au clavier pour voler des identifiants, d’extraire le contenu du presse-papier ou même de détourner la puissance de l’ordinateur pour miner de la cryptomonnaie. Les chercheurs ont identifié des liens clairs avec la Russie : outre la géolocalisation des serveurs de commande, les fichiers du projet contiennent des chaînes de débogage en russe, et le malware DCRat est une marchandise courante sur les forums souterrains russophones. Cette campagne illustre une évolution sophistiquée où l’ingénierie sociale supplante la force brute technique.
Pour en savoir plus sur les détails techniques de cette attaque
Analyse de PHALT#BLYX : Comment de faux écrans bleus et des outils de construction fiables sont utilisés pour créer une infection par un logiciel malveillant
Analyse de PHALT#BLYX : Comment de faux écrans bleus et des outils de construction fiables sont utilisés pour créer une infection par un logiciel malveillant

FAQ : Mieux comprendre les menaces
Qu’est-ce que l’ingénierie sociale ?
C’est une méthode de cyberattaque qui cible la psychologie humaine plutôt que les failles techniques. L’objectif est de manipuler la victime (par la peur, l’urgence ou la curiosité) pour qu’elle commette une erreur de sécurité, comme donner un mot de passe ou exécuter un fichier infecté, contournant ainsi les pare-feux les plus robustes.
Qu’est-ce qu’un cheval de Troie ?
Inspiré du mythe grec, un cheval de Troie (ou Trojan) est un logiciel malveillant qui se déguise en programme légitime ou utile pour inciter l’utilisateur à l’installer. Contrairement à un virus, il ne se reproduit pas tout seul, mais ouvre une « porte dérobée » permettant au pirate de prendre le contrôle de l’ordinateur à distance.
Que signifie le procédé « Living off the Land » ?
Littéralement « vivre sur le pays », cette stratégie consiste à utiliser les outils légitimes déjà présents dans le système d’exploitation (comme PowerShell ou MSBuild dans Windows) pour mener l’attaque. En n’introduisant pas de nouveaux fichiers suspects, le pirate se fond dans l’activité normale de l’ordinateur, rendant l’attaque très difficile à détecter pour les antivirus classiques.
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