TL;DR : L’essentiel
- Le gouvernement allemand prépare une révision de sa constitution pour permettre des cyberopérations offensives à l’étranger, visant à neutraliser les menaces hybrides et les infrastructures critiques des assaillants étatiques.
- L’Allemagne subit des incursions répétées de drones sur ses aéroports et des cyberattaques contre son contrôle aérien, poussant les autorités à abandonner la seule défense pour une stratégie de riposte active.
- Le Royaume-Uni investit environ un milliard de livres dans un dispositif de ciblage par intelligence artificielle, alors que son système de défense fait face à environ 90 000 cyberattaques annuelles massives.
- La Commission européenne encourage désormais les États membres à développer des capacités offensives pour réduire la dépendance technologique étrangère et répondre efficacement aux agressions numériques croissantes des puissances hostiles.
Une rupture doctrinale majeure s’opère outre-Rhin. Longtemps réputée pour sa prudence dans l’usage de la force, l’Allemagne révise actuellement sa posture stratégique face à la multiplication des agressions étatiques. Les incidents récents ont poussé les autorités à abandonner la stricte défensive. Le pays a notamment été confronté à des incursions de drones au-dessus des aéroports de Berlin et de Munich, ainsi qu’à une cyberattaque ayant directement visé le système national de contrôle aérien. L’objectif est désormais clair : ne plus se contenter de parer les coups, mais porter le combat sur les réseaux des attaquants pour détruire leurs capacités de nuisance avant qu’elles n’atteignent leurs cibles sur le territoire national.
L’arsenal législatif autorise la riposte étrangère
Pour opérationnaliser cette stratégie de riposte numérique, les autorités élaborent deux textes législatifs distincts. Le premier vise à réviser les pouvoirs des services de renseignement extérieurs pour leur permettre de mener des cyberopérations hors des frontières. Le second doit octroyer aux services de sécurité des outils accrus pour contrer les menaces grises. Selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur cité par Politico, cette défense active a pour but d’empêcher ou d’atténuer les attaques graves en éliminant la menace existante, indépendamment de l’identification formelle du responsable. Cette transformation nécessite toutefois une modification de la Constitution, requérant une majorité des deux tiers au Parlement.
Le ministre de l’Intérieur allemand a affirmé dans la presse nationale que le pays allait désormais riposter, y compris à l’étranger, avec l’intention explicite de perturber les attaquants et de démanteler leurs infrastructures informatiques. Cette approche marque un alignement avec d’autres nations européennes. La France et les Pays-Bas intègrent déjà ces capacités offensives dans leurs stratégies militaires respectives. Le consensus politique grandit au sein de la coalition gouvernementale, même si des membres des comités de défense et du numérique insistent sur la nécessité de protéger prioritairement les entreprises et les autorités locales avant de se lancer dans des opérations extérieures complexes.
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L’Europe unifie ses capacités de frappe numérique
Ce durcissement allemand s’inscrit dans une dynamique continentale plus large où la simple dissuasion ne semble plus suffire. La vice-présidente exécutive de la Commission européenne a souligné lors d’un entretien avec Politico que l’Europe doit impérativement disposer d’une capacité de frappe. Cette volonté s’accompagne d’un effort pour réduire les dépendances technologiques étrangères jugées risquées et bâtir une industrie cyber souveraine. L’exécutif européen a d’ailleurs mentionné la nécessité de coupler capacités défensives et offensives dans son dernier livre blanc sur la défense. L’idée est de reprendre le contrôle sur les données critiques et les chaînes d’approvisionnement industrielles.
Outre-Manche, le constat est tout aussi alarmant. Le secrétaire à la Défense britannique a révélé que les incursions dans l’espace aérien de l’Alliance atlantique avaient doublé. Comme le rapporte le média Express, Londres met en place un nouveau commandement cyber et électromagnétique. Ce dernier supervisera un investissement massif d’un milliard de livres pour moderniser les systèmes de ciblage via une interface d’intelligence artificielle. Ce dispositif permet de connecter les différents systèmes militaires pour créer un réseau de réponse immédiate. Le clavier est ainsi officiellement traité comme une arme de guerre à part entière, capable de neutraliser des menaces à distance sans intervention physique.
L’attribution technique limite la réponse offensive
Malgré le consensus politique, cette doctrine offensive soulève des inquiétudes techniques et diplomatiques majeures. La difficulté centrale réside dans l’attribution des attaques. Les acteurs malveillants utilisent des infrastructures tierces et masquent systématiquement leurs origines, rendant l’identification de l’agresseur complexe. Frapper une infrastructure située dans un pays étranger sur la base de soupçons expose les gouvernements européens à des risques de représailles imprévisibles. Certains chercheurs en politique cyber soulignent que les mesures diplomatiques et les plans de réponse internationaux actuels ne suffisent plus à endiguer la hausse constante du nombre d’attaques par rançongiciels ou espionnage.
L’engagement dans cette voie est jugé périlleux par certains membres du comité numérique, car attaquer un pays tiers en temps de paix peut déclencher des crises diplomatiques majeures. Les experts rappellent que la priorité doit rester la résilience des infrastructures critiques nationales. L’équilibre entre la neutralisation des serveurs ennemis et le respect du droit international reste l’un des défis les plus épineux pour les mois à venir. La finalisation des réformes législatives allemandes d’ici la fin de l’année servira de test pour la capacité de l’Europe à projeter sa puissance dans le domaine numérique tout en évitant une escalade incontrôlée.
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