TL;DR : L’essentiel
- L’Iran diffuse des films d’animation au format LEGO mettant en scène des figures politiques américaines pour fragiliser le moral des troupes et l’opinion publique.
- L’administration américaine réplique avec des mèmes issus de jeux vidéo et des vidéos générées par le modèle Sora illustrant des interventions de services d’immigration.
- Près de 61% des citoyens américains expriment leur désaccord face à la gestion du conflit actuel, un mécontentement exploité par les campagnes de désinformation étrangères.
- La rapidité et l’échelle de production permises par les outils d’intelligence artificielle créent une économie de la propagande ciblant les sensibilités culturelles occidentales.
L’affrontement entre l’Iran, Israël et les États-Unis ne se limite plus aux théâtres d’opérations conventionnels, mais s’étend désormais à une guerre de propagande par procuration pilotée par l’intelligence artificielle. Ce mécanisme, de plus en plus sophistiqué, s’appuie sur la génération automatisée de contenus visuels et sonores pour saturer l’espace numérique. Contrairement aux méthodes historiques de diffusion de tracts, la technologie actuelle permet de produire des narratifs visuels d’un réalisme troublant ou d’une efficacité virale redoutable, rendant la frontière entre information factuelle et manipulation idéologique quasiment imperceptible pour le grand public.
La propagande par IA transforme l’influence en arme systémique
L’émergence de ce que les experts nomment la « slopaganda » marque une rupture technologique majeure dans la gestion des perceptions publiques. Selon une analyse de 404media.co, l’Iran a démontré une capacité remarquable à utiliser des outils génératifs pour produire des contenus à grande échelle. Là où les conflits mondiaux du siècle dernier utilisaient des tracts en papier limités aux champs de bataille, l’intelligence artificielle permet aujourd’hui d’atteindre directement le front de l’adversaire via les réseaux sociaux. Ces outils facilitent la création de vidéos animées complexes qui imitent des styles visuels populaires pour masquer la nature étatique du message.
Cette stratégie repose sur une compréhension fine des mécanismes de recommandation algorithmique. Des groupes de propagande basés en Iran, identifiés sous le nom de « Explosive News Team », exploitent la vitesse de l’IA pour inonder les plateformes de vidéos de haute qualité. Ces contenus sont conçus pour susciter une réaction émotionnelle immédiate, souvent à travers des parodies visuelles ou des mises en scène chocs. L’objectif n’est plus seulement de convaincre, mais de saturer l’attention des utilisateurs avec des synthèses générées qui s’intègrent naturellement dans le flux quotidien de divertissement numérique.
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Des stratégies de ciblage culturel radicalement divergentes
Une force remarquée pour la propagande iranienne réside dans son appropriation des codes culturels occidentaux, notamment ici à travers l’usage de briques LEGO. Ces jouets universellement reconnus sont détournés où des figures politiques sont caricaturées. L’Iran a par exemple diffusé une vidéo mettant en scène un dirigeant américain présenté comme un prédateur belliqueux, le tout rythmé par une chanson rap entraînante conçue pour devenir virale.
En réaction, la Maison Blanche adopte une stratégie différente, bien que tout aussi dépendante des technologies génératives. L’administration américaine utilise des filtres. Cependant, la communication américaine est souvent critiquée pour son décalage culturel, utilisant des références à des titres comme Grand Theft Auto ou Call of Duty dont les codes semblent parfois datés.
Une déshumanisation visuelle au service des enjeux de guerre
La précision technique des images générées par IA permet désormais d’ancrer des messages politiques dans un imaginaire visuel violent. Ces détails visuels, comme la déformation des visages ou l’ajout d’éléments surnaturels sinistres, visent à transformer des adversaires politiques en figures de mal absolu.
Du côté américain, l’usage de modèles avancés comme Sora permet de créer des séquences hyper-réalistes, telles que des raids de services de sécurité qui n’ont jamais eu lieu, mais qui deviennent virales sur des plateformes comme Facebook. Le rédacteur en chef d’un centre de politique internationale souligne que cette production de contenus de piètre qualité (ou « slop ») vise moins à convaincre les indécis qu’à galvaniser une base de partisans déjà acquise à une cause.
Cette guerre de l’information montre que l’intelligence artificielle fait partie des outils de propagande aujourd’hui.
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