TL;DR : L’essentiel
- Les autorités ont confisqué des paraboles à l’ouest de Téhéran et brouillé les signaux, ciblant spécifiquement les soirées de manifestation. Cette « guerre électronique » visait à empêcher l’exportation des vidéos documentant la répression sanglante du régime.
- Les technologies de brouillage provoquaient alors une perte de paquets allant de 30 à 80 %. Si le black-out n’était pas total, l’instabilité forçait les utilisateurs à multiplier les tentatives pour transmettre leurs preuves vers l’étranger.
- L’équipement illégal pénétrait le territoire via des réseaux de contrebande, arrivant sur de petits bateaux ou par voie terrestre, malgré les risques immenses pour les passeurs et les receveurs.
- Les forces de sécurité exploitaient la signature radio des antennes à réseau phasé pour trianguler les positions. Des rumeurs persistantes évoquaient l’utilisation de systèmes de détection russes sophistiqués pour localiser les terminaux actifs dans les quartiers.
Alors que 90 millions d’habitants ont subi une coupure quasi totale d’Internet et un bridage sévère des réseaux téléphoniques, le gouvernement iranien a intensifié sa riposte technologique. Seule une « liste blanche » composée d’organes d’État, de médias officiels et de loyalistes a conservé un accès ininterrompu, tandis que la population tentait désespérément de contourner le black-out pour documenter une crise économique paralysante et une répression meurtrière. Dans ce contexte de silence forcé, les terminaux satellitaires n’étaient plus de simples routeurs, mais des armes de guerre informationnelle que le pouvoir cherchait à neutraliser par tous les moyens.
La détection : une traque par signature spectrale
Contrairement à une idée reçue, l’utilisation d’une connexion satellitaire n’offrait pas une invisibilité totale. Comme l’expliquait techniquement Korben, les antennes à réseau phasé utilisées par ces dispositifs émettaient des ondes radio détectables. Bien que le faisceau soit dirigé vers le ciel, il laissait une empreinte électromagnétique que des unités de renseignement (SIGINT) pouvaient exploiter. Par radiogoniométrie, il devenait possible de trianguler une source d’émission et de réduire la zone de recherche à un quartier précis. Des rapports non confirmés indépendamment mentionnaient même l’usage potentiel de radars de détection d’origine russe, surnommés « Borshchevik », conçus spécifiquement pour repérer ces terminaux.
Cette vulnérabilité technique s’est traduite par une chasse à l’homme physique. Les forces de sécurité ont mené des raids ciblés, notamment dans l’ouest de la capitale, pour saisir le matériel. Les utilisateurs devaient redoubler d’ingéniosité, camouflant les paraboles sous des structures diverses ou en objets du quotidien, et évitant d’utiliser le Wi-Fi qui pouvait trahir leur présence par son propre rayonnement local.
L'essentiel Cybersécurité, IA & Tech
Rejoignez la communauté. 3 fois par semaine, recevez l'analyse des tendances par Marc Barbezat. Pas de spam, juste de l'info.
Saturation du signal : l’enfer de la perte de paquets
Au-delà de la confiscation physique, le régime avait engagé une offensive majeure sur le spectre électromagnétique. Selon les données relayées par Ars Technica, les technologies de brouillage déployées par le gouvernement parvenaient à provoquer des pertes de paquets massives, oscillant entre 30 et 80 %. Cette dégradation rendait la connexion erratique, transformant l’envoi de la moindre vidéo en un défi technique majeur.
Face à cette obstruction, l’opérateur satellitaire travaillait déjà à renforcer la robustesse du signal avant même que le président américain ne sollicite directement le fondateur de l’entreprise spatiale pour intervenir. L’enjeu était critique : les vidéos floues et pixelisées transmises via ces connexions distordues constituaient souvent les seules preuves visuelles des événements, comme ces images insoutenables montrant un grand nombre de corps dans une morgue du sud de Téhéran, ou les scènes d’émeutes transmises à des tiers à l’étranger pour être diffusées sur les réseaux sociaux.
Contrebande et diplomatie : les dernières lignes de vie
Pour alimenter cette résistance numérique, une véritable logistique souterraine s’était mise en place. Le Wall Street Journal rapportait que des centaines de kits avaient été introduits clandestinement, souvent acheminés par de petites embarcations depuis Dubaï ou à travers les frontières montagneuses du Kurdistan irakien. Ces terminaux, financés en partie par des organisations à but non lucratif américaines et des intermédiaires commerciaux, étaient vitaux.
Cette bataille dépassait le terrain technique pour atteindre la sphère diplomatique. L’Iran a officiellement sollicité l’Union internationale des télécommunications (une agence de l’ONU) pour interdire ce service sur son sol, qualifiant ces transmissions de violation de sa souveraineté. Pendant ce temps, l’économie locale s’effondrait, les entreprises étant incapables de communiquer par email, aggravant la crise qui avait initialement déclenché ces protestations massives.
Cette veille vous est utile ?
Offrez un café pour soutenir le serveur (et le rédacteur).