TL;DR : L’essentiel
- Une industrie clandestine de centres d’appels emploie jusqu’à 60 000 démarcheurs en Ukraine, soit les deux tiers des effectifs du secteur bancaire officiel, et génère environ un milliard de dollars américains chaque mois.
- Les réseaux d’escroquerie ciblent des citoyens dans 30 pays différents en exploitant l’ingénierie sociale et les tensions géopolitiques pour extorquer des fonds par téléphone ou par l’intermédiaire de fausses plateformes d’investissement.
- Le Bureau national anticorruption d’Ukraine accuse le parquet général de percevoir des pots-de-vin réguliers pour protéger ces structures criminelles, provoquant la démission contrainte du procureur général le 7 septembre 2026.
Les réseaux organisant des arnaques téléphoniques en Ukraine rassemblent désormais jusqu’à 60 000 démarcheurs et génèrent environ un milliard de dollars de revenus mensuels en escroquant des victimes internationales. Cette industrie clandestine s’appuie sur des structures d’appels réparties sur l’ensemble du territoire national, notamment dans les centres urbains de Kiev et de Dnipro, où des plateformes criminelles comptent parfois jusqu’à 300 employés par bureau. Comme le détaille une enquête diffusée par la RTS, ces effectifs représentent l’équivalent des deux tiers du secteur bancaire officiel ukrainien. Les opérateurs ciblent des citoyens dans 30 pays différents, de l’Union européenne à la Suisse, où la police du canton de Saint-Gall a récemment enregistré six plaintes au cours du mois d’août 2026.

L’organisation interne de ces centres repose sur une division stricte des tâches, dominée par de puissants réseaux du crime organisé comme Khimprom. Les nouvelles recrues, attirées sur des canaux de messagerie par de fausses offres d’emploi, sont chargées de passer entre 200 et 300 appels par jour pour repérer des cibles vulnérables. Dès qu’un interlocuteur mord à l’hameçon, des négociateurs plus expérimentés prennent le relais afin de finaliser l’extorsion. Les escrocs persuadent les victimes d’installer des logiciels de prise de contrôle à distance sur leur ordinateur ou d’effectuer des virements vers des portefeuilles de cryptomonnaies intraçables, sous prétexte d’investissements miracles ou d’accusations judiciaires fictives. Les démarcheurs subissent une pression constante pour atteindre des quotas financiers élevés, sous peine de retenues sur salaire ou de violences physiques en cas de tentative de départ.
Cette impunité découlerait selon l’étude KYIV CALLING d’un système de protection policière et judiciaire rémunéré par des pots-de-vin mensuels, que les opérateurs désignent sous le terme de couverture. L’ampleur de ces connivences a provoqué une crise institutionnelle à Kiev, où le Bureau national anticorruption a mis en cause le parquet général pour sa complicité avec plusieurs réseaux illégaux, aboutissant à la démission du procureur général le 7 septembre 2026. Malgré des vagues de perquisitions ayant conduit à la fermeture de plusieurs centaines de bureaux en 2025, de nombreuses structures conservent leurs appuis administratifs ou décentralisent leurs activités en télétravail pour contourner les contrôles, tandis que l’absence de conventions judiciaires directes continue d’entraver les poursuites engagées par les polices étrangères.
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