TL;DR : L’essentiel
- L’opération conjointe a permis l’interpellation de 34 suspects, principalement à Séville, mais aussi à Madrid et Málaga, ciblant le noyau dur d’une organisation criminelle d’origine nigériane aux ramifications mondiales.
- Les enquêteurs estiment que ce réseau structuré a généré près de 6 millions d’euros de pertes par des fraudes complexes, entraînant le gel de 119 352 euros et la saisie de véhicules.
- Pour blanchir l’argent sale, le groupe exploitait la précarité en recrutant des « mules » bancaires parmi des chômeurs espagnols résidant dans des quartiers défavorisés, facilitant ainsi les transferts illicites.
- Au-delà de la cybercriminalité, Black Axe fonctionne comme une secte avec 30 000 membres mondiaux, imposant une discipline de fer via des rituels d’initiation violents et des pratiques spirituelles strictes.
L’Europe vient de porter un coup sévère à l’une des organisations criminelles les plus redoutées d’Afrique de l’Ouest. En frappant simultanément dans plusieurs villes espagnoles, les autorités ont mis à jour une mécanique de fraude industrielle orchestrée par le groupe Black Axe. Ce réseau, loin d’être un simple collectif de hackers, opère avec une structure quasi-militaire pour détourner des fonds à l’échelle planétaire.
Un mécanisme de fraude sophistiqué et impitoyable
La force de frappe financière de Black Axe repose sur une diversité d’attaques numériques, notamment l’escroquerie au faux ordre de virement (BEC) et les attaques de type « adversary-in-the-middle ». Cette technique consiste à s’interposer secrètement dans les échanges électroniques entre deux parties pour détourner des paiements. Selon les informations rapportées par CyberScoop, les criminels ne s’arrêtaient pas aux flux numériques : ils créaient des sociétés écrans pour acquérir des véhicules, avant de faire défaut délibérément sur les paiements pour ensuite revendre ou louer ces voitures volées.
Pour faire circuler ces capitaux illicites sans éveiller les soupçons, l’organisation a mis en place un système de blanchiment exploitant la misère sociale. Les enquêteurs ont découvert que le réseau recrutait activement des « mules » financières, ciblant spécifiquement des ressortissants espagnols vulnérables dans des zones à fort taux de chômage. Ces intermédiaires, souvent désespérés, servaient à recevoir, transférer et retirer l’argent issu des arnaques, brouillant ainsi les pistes pour les autorités bancaires.
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Une secte criminelle aux ramifications mondiales
Ce qui distingue Black Axe des autres cybercriminels, c’est sa structure hiérarchique rigide et son ampleur. L’organisation ne se limite pas à la fraude : elle est impliquée dans le trafic d’êtres humains, la prostitution et même des enlèvements. Comme le détaille Europol, le groupe est divisé en « zones » territoriales précises, comptant environ 60 zones au Nigeria et 35 à l’international, chacune gérée par près de 200 membres.
L’adhésion au groupe dépasse la simple collaboration criminelle ; elle relève de l’embrigadement sectaire. Avec près de 30 000 membres enregistrés à travers le monde, le réseau maintient sa cohésion par la terreur et le mysticisme. Les nouvelles recrues doivent se soumettre à des initiations rituelles violentes et respecter des codes de conduite draconiens, garantissant le silence et l’obéissance absolue des affiliés.
Une coopération policière transfrontalière décisive
L’enquête, débutée en septembre 2023, a nécessité une coordination exemplaire entre la Police Nationale espagnole et les services bavarois en Allemagne. Cette synergie a permis de cartographier l’organisation et de déployer des officiers allemands directement sur le terrain en Espagne lors des interpellations. L’analyse partagée par SecurityAffairs souligne que cette stratégie visait spécifiquement à démanteler le leadership du groupe, dont dix ressortissants nigérians arrêtés lors du coup de filet.
Au total, l’opération a permis de geler plus de 119 000 euros sur des comptes bancaires et de saisir plus de 66 000 euros en espèces lors des perquisitions. Bien que quatre des principaux dirigeants soient désormais en détention, faisant face à des accusations allant du blanchiment d’argent à la falsification de documents, la structure décentralisée de Black Axe et ses milliards de revenus annuels estimés laissent présager que la lutte contre cette hydre numérique est loin d’être terminée.

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