TL;DR : L’essentiel
- En 2025, les adresses de cryptomonnaies associées à des entités sous sanctions ont reçu plus de 100 milliards de dollars, soit un montant multiplié par près de huit en un an selon la société Chainalysis.
- Pour financer le matériel militaire et le carburant, l’Iran, la Russie et la Corée du Nord créent leurs propres jetons numériques, exploitent des plateformes d’échange locales et infiltrent le système bancaire international.
- Face à cette prolifération, les autorités américaines ont sanctionné les plateformes iraniennes Nobitex et Bitpin et saisi un milliard de dollars en actifs numériques, sans parvenir à démanteler l’infrastructure sous-jacente.
L’utilisation des actifs numériques par les régimes autoritaires ne relève plus du bricolage financier occasionnel. Les structures étatiques ciblées par les blocus économiques ont mis en place de véritables architectures parallèles pour acquérir des composants militaires, payer des équipages de navires de contrebande et maintenir leurs échanges commerciaux hors des réseaux bancaires traditionnels.
De Hong Kong aux devises adossées : les circuits d’approvisionnement clandestins
L’achat de pétrole iranien par des entités chinoises illustre l’intégration des actifs virtuels dans le commerce de matières premières. L’acheteur dépose des yuans sur le compte bancaire d’une société écran établie à Hong Kong. Cette dernière convertit ensuite ces fonds en jetons numériques avant de les transférer vers des portefeuilles contrôlés par l’Iran. Les sommes sont enfin échangées contre des rials sur des plateformes locales comme Nobitex ou réorientées vers des groupes alliés au Yémen. D’autres plateformes comme Binance ou CoinEx servent d’intermédiaires pour connecter ces opérations au marché global.
Pour surmonter l’exclusion du système bancaire mondial, la banque étatique russe Promsvyazbank s’est associée à la société d’un oligarque moldave pour lancer le jeton A7A5. Adossée au rouble, cette cryptomonnaie permet aux entreprises russes d’acheter des jetons dans leur monnaie nationale, puis de les échanger contre du Tether afin de régler des fournisseurs d’équipements militaires en Asie. La chercheuse de la firme d’analyse Chainalysis a ainsi identifié des paiements destinés à des vendeurs de drones chinois exécutés via ces conversions, alors que le jeton A7A5 a traité plus de 90 milliards de dollars de transactions en un an.
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Analyse
Selon une enquête publiée par The Wall Street Journal, les États ciblés par des embargo internationaux utilisent désormais les actifs numériques à grande échelle. L’Iran, la Russie et la Corée du Nord ont fait transiter environ 100 milliards de dollars en cryptomonnaies en 2025 pour financer leurs programmes militaires et leurs réseaux alliés.
Portefeuilles éphémères et blanchiment : l’impasse des saisies financières
Les groupes armés et les entreprises étatiques exploitent la structure décentralisée des registres virtuels pour brouiller la traçabilité des transactions. Sur l’application de messagerie Telegram, une cellule de collecte de fonds demande aux donateurs de se rendre dans un bureau de change physique sans révéler l’identité du destinataire final. Les instructions imposent d’envoyer les fonds vers une adresse de portefeuille modifiée en permanence, une méthode ayant permis à huit portefeuilles de collecter 70 000 dollars en deux semaines.
L’infiltration des institutions bancaires traditionnelles s’appuie également sur des intermédiaires financiers implantés à l’étranger. Un fournisseur d’une société russe a ainsi converti un million de dollars en cryptomonnaies vers le portefeuille d’un ressortissant russe aux États-Unis. L’intermédiaire a ensuite utilisé une plateforme d’échange pour transformer les actifs en dollars, les déposer dans une banque de New York, puis transférer la somme sur le compte bancaire d’une entreprise sud-coréenne.
Malgré le ciblage régulier d’infrastructures clés comme HTX au Royaume-Uni ou Bitpin aux États-Unis, le démantèlement de ces nœuds isolés ne détruit pas l’architecture financière sous-jacente. Le contournement des sanctions s’est transformé en un programme structuré à plusieurs niveaux, capable de réorienter ses flux de manière permanente.
Questions fréquentes sur l’évasion des sanctions par les cryptomonnaies
Comment les cryptomonnaies permettent-elles de contourner les sanctions bancaires ?
Les transactions sur les registres distribués s’effectuent entre des adresses alphanumériques sans passer par les réseaux bancaires traditionnels. L’absence d’intermédiaires financiers centralisés empêche l’application automatisée des blocages administratifs et masque l’identité des donneurs d’ordre.
Comment fonctionne le jeton russe A7A5 pour le commerce international ?
Créé par la banque Promsvyazbank et une entreprise privée, ce jeton est adossé au rouble. Les sociétés russes l’achètent localement en devises nationales puis l’échangent contre des jetons stables comme Tether pour payer des fournisseurs étrangers, notamment pour des équipements militaires.
Pourquoi la fermeture de plateformes comme Nobitex reste-t-elle insuffisante ?
Les plateformes d’échange régionales constituent uniquement la partie visible de réseaux plus vastes. Dès qu’un service fait l’objet d’un ciblage réglementaire, les flux financiers sont immédiatement transférés vers d’autres plateformes locales ou des courtiers informels pour maintenir les transferts.
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