TL;DR : L’essentiel
- La France déploie officiellement sa « Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030 », une feuille de route ambitieuse visant à élever le pays au rang de puissance cyber de premier plan, capable de protéger ses intérêts vitaux et sa démocratie face à l’intensification des menaces.
- Cette nouvelle doctrine se structure autour d’une architecture de cinq piliers fondamentaux : la formation massive de talents, le renforcement de la résilience de la Nation, l’entrave active de la menace, la maîtrise des fondements numériques et le leadership international.
- Elle marque un tournant offensif avec le renforcement du Centre de coordination des crises cyber (C4), qui permet désormais une riposte étatique coordonnée (judiciaire, technique, militaire), allant jusqu’à l’attribution publique des attaques pour dissuader les adversaires.
- Enfin, la stratégie se caractérise par une volonté d’autonomie, misant sur la création du premier vivier de talents d’Europe (avec un accent sur la féminisation) et la maîtrise des technologies critiques comme la cryptographie post-quantique et le cloud de confiance.

La révolution numérique a transformé le cyberespace en un théâtre d’affrontements où la frontière entre souveraineté et dépendance se joue désormais à une ligne de code. Face à des agressions qui visent aussi bien les infrastructures critiques comme les hôpitaux que les fondements démocratiques, la France a décidé de changer d’échelle. La Stratégie nationale cybersécurité 2030, présentée fin janvier 2026, mobilise l’ensemble de la puissance publique pour non seulement encaisser les chocs, mais surtout entraver l’expansion de la menace, qu’elle soit étatique ou criminelle.
Talents Cyber : Une mobilisation générale pour combler le déficit critique
Le premier pilier de cette Stratégie nationale cybersécurité 2030 repose sur un constat d’urgence : la pénurie mondiale de main-d’œuvre qualifiée constitue le principal frein à la résilience nationale. Pour y remédier, l’État engage une politique volontariste visant à orienter massivement les nouvelles générations vers ces filières. L’objectif est clair : constituer le plus grand vivier de talents cyber d’Europe. Cette ambition passe par la déconstruction des préjugés tenaces qui présentent encore trop souvent la cybersécurité comme un domaine solitaire et exclusivement masculin.
Des programmes de mentorat spécifiques pour les jeunes filles et des dispositifs de soutien aux études seront déployés pour diversifier les profils. Au-delà de la formation initiale, l’accent est mis sur la formation continue et les « stratégies passerelles » entre les disciplines scientifiques pour favoriser la reconversion vers ces métiers. Comme le précise le document officiel, cette dynamique nationale s’accompagnera d’une harmonisation des cursus à l’échelle de l’Union européenne pour faciliter la mobilité des professionnels.
L'essentiel Cybersécurité, IA & Tech
Rejoignez la communauté. 3 fois par semaine, recevez l'analyse des tendances par Marc Barbezat. Pas de spam, juste de l'info.
Riposte Étatique : Le C4 coordonne la réponse pour décourager l’adversaire
L’autre innovation majeure de cette Stratégie nationale cybersécurité 2030 réside dans la restructuration de la réponse aux attaques. Sous l’égide du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), le Centre de coordination des crises cyber (C4) évolue. Il rassemble désormais, au-delà du cercle habituel, l’ensemble des acteurs étatiques (ANSSI, COMCYBER, DGSI, DGSE, DGA, Affaires étrangères) capables de mobiliser un levier de réponse.
Cette organisation permet d’activer simultanément des leviers judiciaires, diplomatiques, techniques et militaires pour augmenter le coût de l’attaque pour l’adversaire. La France se réserve ainsi le droit d’attribuer publiquement les cyberattaques ou d’utiliser ses capacités offensives pour entraver les attaquants, dans le respect du droit international. Pour le grand public, cette protection se matérialisera par un « filtre de cybersécurité » préventif et un guichet unique, le « 17Cyber », intégré au portail national pour simplifier le parcours des victimes.
Souveraineté Technologique : L’État investit pour réduire la dépendance
La maîtrise des technologies de rupture est identifiée comme la condition sine qua non de la liberté d’action de la France. La Stratégie nationale cybersécurité 2030 insiste sur la nécessité de sécuriser les briques élémentaires du numérique, notamment face à la menace de l’ordinateur quantique capable de mettre en défaut les mécanismes de sécurité actuels. Des investissements sont fléchés vers la transition vers la cryptographie post-quantique et le développement de solutions de sécurité souveraines.
Cette volonté d’autonomie s’inscrit toutefois dans une logique de coopération. La France accompagne la mise en œuvre du règlement européen sur la cyber-résilience (CRA) et encourage la consolidation d’une base industrielle européenne. Sur la scène diplomatique, Paris soutient le Processus de Pall Mall pour réguler le marché des outils d’intrusion et entend apporter une solidarité technique aux états vulnérables, confirmant sa volonté d’agir comme une puissance stabilisatrice.
Stratégie nationale cybersécurité 2030 – France
Une doctrine offensive et souveraine structurée pour élever la France au rang de puissance cyber de premier plan.
1 Talents Cyber
Créer le 1er vivier européen en féminisant la filière et en harmonisant les formations.
2 Résilience
Protection de la Nation et lancement du guichet unique « 17Cyber » pour les victimes.
3 Entrave
Riposte coordonnée (C4) et attribution publique pour dissuader l’adversaire.
4 Souveraineté
Maîtrise du cloud de confiance et de la cryptographie post-quantique.
5 International
Défense de la stabilité via le droit international et la cyber-solidarité.
Architecture Stratégique : Les 5 Piliers de la Stratégie nationale cybersécurité 2030
Cette nouvelle feuille de route nationale s’articule autour de cinq axes structurants pour la période 2026-2030 :
Pilier 1 : Faire de la France le plus grand vivier de talents cyber d’Europe
Face à la pénurie mondiale, l’État lance une offensive massive sur la formation pour ériger la France en premier réservoir de talents du continent. Cette ambition repose sur une plateforme nationale d’orientation et des programmes de mentorat ciblant spécifiquement la jeunesse et les profils féminins, afin de déconstruire les stéréotypes de genre. L’effort s’étend à l’échelle européenne via l’harmonisation des cursus pour favoriser la mobilité des experts.
Pilier 2 : Renforcer la résilience cyber de la Nation
L’objectif est d’élever le niveau de sécurité global pour absorber les chocs systémiques. Au-delà des exercices de crise réguliers pour les opérateurs critiques, l’État déploiera une marque nationale de prévention pour sensibiliser le grand public. Mesure phare, le guichet unique « 17Cyber » simplifiera radicalement le parcours des victimes (citoyens, PME) en centralisant l’assistance et le dépôt de plainte.
Pilier 3 : Entraver l’expansion de la cybermenace
Pour casser la dynamique des attaquants, la France durcit sa posture en activant tous les leviers de la puissance publique (renseignement, judiciaire, offensif) sous la coordination du C4. Cette stratégie vise à augmenter les risques pour l’adversaire, allant jusqu’à l’attribution publique. En amont, un filtre de cybersécurité préventif sera généralisé pour bloquer automatiquement l’accès aux sites malveillants pour les citoyens.
Pilier 4 : Garder la maîtrise de la sécurité de nos fondements numériques
La souveraineté nationale exige la maîtrise des technologies de rupture. L’État investit massivement pour sécuriser les briques critiques comme le cloud de confiance et la cryptographie post-quantique. En parallèle, la France soutient l’autonomie stratégique européenne en accompagnant l’industrie dans l’application du Cyber Resilience Act, imposant des standards de sécurité élevés aux produits numériques.
Pilier 5 : Soutenir la sécurité et la stabilité du cyberespace à l’international
Dans un contexte géopolitique fragmenté, la France défend un cyberespace ouvert fondé sur le droit international. Elle combat activement la prolifération des outils d’intrusion commerciale via le Processus de Pall Mall et renforce ses alliances. Une nouvelle capacité de « cyber-solidarité » permettra d’apporter une assistance technique et opérationnelle aux États partenaires les plus vulnérables face aux agressions.
Cette Stratégie nationale cybersécurité 2030 confirme que la cybersécurité est une priorité absolue de l’État pour les années à venir, liant étroitement protection des citoyens et défense des intérêts souverains.
Pour découvrir la Stratégie nationale cybersécurité 2030
Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030 | SGDSN
Commandée par le Président de la République, la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030 prolonge les ambitions de la Revue nationale stratégique et fixe la trajectoire de la France pour devenir une Nation cyber de premier rang. Élaborée sous l’égide du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, elle a été construite avec l’ensemble des ministères, ainsi qu’un panel d’experts représentatif du monde industriel, scientifique et académique.

A (re)lire aussi
Cybersécurité en Suisse : bilan 2024 de la stratégie nationale
Le premier rapport sur la Cyberstratégie suisse présente l'état d'avancement des actions clés pour renforcer la résilience numérique du pays.

Des serveurs, des API et du temps.
DCOD est bénévole, mais l'hébergement a un coût. Participez aux frais techniques.